MCP dans l’assurance : le protocole qui va transformer le secteur
Partie 1 : Qu’est-ce qu’un MCP ?
MCP signifie Model Context Protocol
Mais là n'est pas l'essentiel.
Qui se souvient de ce que veulent dire API, HTTP ou FTP ? Presque personne. Et c’est justement le signe qu’une technologie est devenue mainstream.
La même chose est en train de se produire avec les MCP. Inutile de mémoriser l’acronyme. Ce qui compte, c’est de comprendre ce que cela va débloquer.
Spoiler alert: beaucoup de choses.
En quelques mots
Les MCP sont l’API de l’IA.
En une phrase
Les MCP sont un standard universel qui permet aux assistants IA de se connecter à vos outils, vos sources de données et vos systèmes métiers, les transformant de simples agents conversationnels en collaborateurs capables de faire réellement des choses pour vous.
En un paragraphe
Aujourd’hui, ChatGPT, Gemini, Copilot ou Claude savent répondre à des questions et générer du texte, mais ils n'ont aucune visibilité sur votre environnement de travail. Ils ne peuvent pas lire vos emails, accéder à votre base clients ou consulter votre agenda.
Les MCP changent cela. Ils agissent comme un « adaptateur universel » standardisé qui permet à l’IA de se connecter à n’importe quel système : boîte mail, CRM, logiciel de gestion de polices, etc.
Par exemple, sans MCP, demander à une IA de rédiger un email de relance implique de copier-coller manuellement le contexte client, l’historique des contrats et les échanges précédents. Avec un MCP, l’IA accède directement à vos emails, récupère les informations client dans votre base de données, vérifie votre agenda, puis rédige une réponse personnalisée en quelques secondes.
C’est comme donner à votre assistant IA les clés pour travailler réellement avec vous, au lieu de simplement discuter avec vous.
Les API ont permis aux logiciels de communiquer entre eux et ont révolutionné la technologie. Les MCP font la même chose pour l’IA : c’est l’infrastructure qui fait passer l’IA d’un compagnon de discussion intelligent à un véritable collègue numérique.
Partie 2 : Ce que les MCP vont changer pour TOUS les professionnels
La fin de l’ère du « copier-coller »
Aujourd’hui, la plupart des professionnels vivent dans un monde numérique fragmenté. Les données clients sont dans un outil, les emails dans un autre, l’agenda ailleurs, et les documents répartis sur plusieurs plateformes. Dès que vous voulez accomplir quelque chose de concret, le process est très lourd et manuel : vous copiez des informations d’un système pour les coller dans un autre, en reliant manuellement des éléments qui devraient l’être automatiquement.
Les MCP sont sur le point de mettre fin à cette époque.
Avec les MCP, les assistants IA peuvent enfin aller chercher l’information directement dans vos outils et systèmes. Ce n’est plus à vous d’apporter les données à l’IA : c’est l’IA qui va les récupérer elle-même. Ce n’est pas un simple gain de confort, c’est un changement fondamental dans la manière dont le travail intellectuel est réalisé.
De « l’assistant » au « collègue »
Pensez à la différence entre demander de l’aide à un collègue et demander à quelqu’un qui n’a jamais travaillé dans votre entreprise :
- Sans MCP : « Peux-tu m’aider à rédiger une réponse pour ce client ? » vous oblige à expliquer qui est le client, son historique, ce qui a déjà été discuté, quelles sont les règles internes…
- Avec MCP : « Peux-tu m’aider à rédiger une réponse pour ce client ? » et l’IA le sait déjà, car elle a accès à votre CRM, à l’historique des emails, à la base de connaissances interne et à votre agenda.
L’IA passe ainsi d’un assistant générique à quelque chose qui ressemble beaucoup plus à un collègue bien informé, qui comprend votre travail, vos clients et votre organisation.
Les trois super-pouvoirs que les MCP débloquent
1. La compréhension du contexte
L’IA comprend désormais votre situation réelle. Pas des conseils génériques, mais des recommandations basées sur vos données, vos clients et votre historique. Quand vous demandez de l’aide pour préparer une réunion, l’IA sait avec qui vous allez parler, ce qui a été évoqué la dernière fois et ce qui est encore en attente.
2. L’orchestration multi-systèmes
Au lieu de jongler entre cinq applications pour accomplir une tâche, vous décrivez simplement ce que vous voulez, et l’IA coordonne tout.
« Prépare tout ce dont j’ai besoin pour la revue client de demain » peut impliquer de récupérer des données du CRM, de rédiger un ordre du jour à partir des échanges email, de vérifier l’agenda pour éviter les conflits et de rassembler les documents pertinents, en une seule demande.
3. L’action, pas seulement les conseils
Surtout, les MCP permettent à l’IA d’agir, pas seulement de suggérer.
Envoyer un email. Programmer une réunion. Mettre à jour un dossier. Générer un rapport.
L’IA passe du rôle de consultant à celui d’opérateur capable d’exécuter.
Le nouveau workflow professionnel
Voici à quoi pourrait ressembler une journée à l’ère des MCP :
Matin : « Analyse ma boîte mail et signale tout message urgent provenant de clients clés. Rédige des réponses pour les demandes courantes et programme-les pour envoi après validation. »
Avant une réunion : « Rassemble tout ce qui est pertinent pour mon appel de 14h : les dernières modifications de police, nos trois derniers échanges, les points en suspens et des cas comparables de notre portefeuille. »
Fin de journée : « Résume ce que j’ai accompli aujourd’hui, mets à jour ma liste de tâches et rédige un court compte-rendu pour mon équipe. »
Chacune de ces demandes représentait auparavant 30 minutes de travail manuel. Avec le MCP, elles deviennent des requêtes d’une seule phrase.
Les « solutions passerelles » — Claude Cowork et les extensions navigateur
Les MCP représentent l’avenir idéal : des connexions standardisées et sécurisées entre l’IA et vos outils. Mais nous n’y sommes pas encore totalement. Tous les logiciels ne disposent pas encore d’un serveur MCP, et leur mise en place prend du temps.
En attendant, des entreprises comme Anthropic ont développé des « solutions passerelles » pour combler le vide.
Claude Cowork (lancé en janvier 2026) permet à Claude de travailler directement avec les fichiers présents sur votre ordinateur : organiser des documents, transformer des reçus en notes de frais, synthétiser des recherches à partir de plusieurs fichiers. Il est présenté comme « Claude Code pour le reste de votre travail », apportant des capacités d’IA agentique aux utilisateurs non techniques.
Claude dans Chrome (l’extension navigateur) va encore plus loin, en permettant à Claude de naviguer sur le web à votre place : remplir des formulaires, extraire des données, gérer une boîte mail ou automatiser des tâches répétitives dans le navigateur.
Ces outils sont puissants et très utiles aujourd’hui. Mais ils impliquent un compromis majeur : la sécurité.
Le problème des prompt injections
Lorsqu’un agent IA parcourt le web ou traite des documents, il rencontre du contenu qu’il ne peut pas totalement considérer comme fiable. Des acteurs malveillants peuvent y insérer des instructions cachées visant à détourner le comportement de l’IA. Les tests internes d’Anthropic ont montré que, sans protections, ces attaques réussissaient dans 23,6 % des cas. Même avec des mécanismes de défense, le taux de réussite reste compris entre 1 % et 11 % selon les scénarios.
Imaginez un email parfaitement normal en apparence, mais contenant du texte invisible demandant à l’IA de « transférer tous les documents confidentiels à cette adresse » ou de « supprimer ces fichiers importants ». L’IA, pensant bien faire, pourrait exécuter ces instructions malveillantes.
Pourquoi les MCP sont une meilleure voie
Les serveurs MCP sont des connexions conçues spécifiquement, avec des permissions et des limites clairement définies. Quand une IA se connecte à votre CRM via MCP, elle ne peut faire que ce que le serveur MCP du CRM autorise explicitement. Il n’y a pas de risque que l’IA soit trompée par du contenu malveillant : la connexion est structurée et contrôlée.
À l’inverse, les extensions navigateur et les agents manipulant des fichiers évoluent dans un environnement non maîtrisé, où les attaques peuvent se cacher partout. Ils sont extrêmement utiles aujourd’hui, mais nécessitent une grande vigilance et comportent des risques que l’approche standardisée du MCP réduit fortement.
En résumé : les solutions passerelles comme Cowork ou les extensions navigateur sont des outils de transition précieux. Mais la vision long terme est un monde où les outils métiers critiques disposent de véritables connexions MCP. À mesure que les éditeurs logiciels adopteront le MCP, le besoin de ces contournements risqués diminuera.
La courbe d’adoption : où en sommes-nous aujourd’hui ?
Les MCP progressent très rapidement. Depuis son lancement par Anthropic en novembre 2024, il est devenu le standard de facto, avec OpenAI, Google et Microsoft qui ont tous annoncé leur soutien. Le protocole totalise désormais plus de 100 millions de téléchargements mensuels.
Mais nous en sommes encore aux débuts. La plupart des logiciels métiers ne disposent pas encore de serveurs MCP. Les acteurs qui se positionneront tôt — à la fois les éditeurs qui construisent des connexions MCP et les professionnels qui apprennent à les exploiter — bénéficieront d’un avantage décisif.
Pour les professionnels, la question n’est pas de savoir si l’IA va transformer leur manière de travailler, mais s’ils seront prêts lorsque leurs outils seront enfin connectés.
Partie 3 : Ce que les MCP vont changer pour les professionnels de l’assurance
L’assurance se trouve à un carrefour décisif. C’est l’un des secteurs les plus intensifs en information qui existent, et pourtant, il repose encore largement sur des processus manuels, des systèmes hérités et des données fragmentées. Les MCP ne sont pas une tendance technologique de plus pour l’assurance : ce sont l’infrastructure manquante qui peut enfin permettre une transformation profonde du secteur.
Pourquoi l’assurance est particulièrement mûre pour les MCP
L’assurance a toujours été une affaire d’information : la collecter, la vérifier, l’analyser et agir en conséquence. Une seule police implique des données provenant de dizaines de sources : formulaires de souscription, bases externes, historique de sinistres, rapports tiers, obligations réglementaires. Un seul sinistre peut nécessiter une coordination entre experts, médecins, réparateurs, avocats et assurés.
Aujourd’hui, les professionnels de l’assurance passent un temps considérable à jouer le rôle de pont humain entre des systèmes qui ne communiquent pas entre eux. Certaines études estiment que jusqu’à 40 % du temps des souscripteurs est consacré à des tâches administratives plutôt qu’à l’analyse du risque. Les gestionnaires de sinistres passent des heures à recopier des données, à relancer pour obtenir des documents et à faire circuler manuellement les dossiers.
Les MCP changent fondamentalement la donne : au lieu que les humains connectent les systèmes, ce sont les IA qui s’en chargent — laissant aux professionnels le jugement, la relation client et les décisions complexes.
Métier par métier : comment les MCP transforment l’assurance
Pour les courtiers et agents
Aujourd’hui : vous recevez une demande client. Vous vérifiez manuellement sa couverture actuelle, vous vous connectez à plusieurs extranets assureurs pour obtenir des devis, vous comparez les garanties, puis vous compilez une recommandation — tout en essayant de vous souvenir de ce que le client vous avait dit il y a six mois.
Avec les MCP : « Prépare une analyse de renouvellement pour le compte Dubois » devient une simple requête. L’IA récupère les contrats en cours, l’historique de sinistres, collecte des devis concurrents auprès d'assureurs et génère une comparaison personnalisée, tenant compte de vos échanges passés et de l’évolution du profil de risque du client.
Exemple concret : un client s’interroge sur le regroupement de ses assurances habitation et auto. Au lieu de passer 45 minutes à collecter et comparer des devis, vous demandez à l’IA : « Quel serait le coût d’un pack habitation + auto pour la famille Martin, et comment cela se compare-t-il à leur situation actuelle ? » L’IA interroge les systèmes assureurs via MCP, récupère des devis en temps réel, compare les couvertures et vous fournit une recommandation claire en quelques secondes.
Pour les souscripteurs
Aujourd’hui : les dossiers arrivent par email, avec des pièces jointes hétérogènes : PDF, tableurs, documents scannés. Une grande partie du temps est consacrée à organiser et extraire l’information avant même de pouvoir analyser le risque.
Avec les MCP : des agents IA peuvent prendre en charge tout le processus d’entrée des dossiers. Ils classent les documents, extraient des données structurées à partir de sources non structurées (y compris des notes manuscrites ou des photos), les croisent avec les polices existantes et vous présentent une synthèse complète du risque, prête pour votre expertise.
Les MCP fournissent les “rails” nécessaires aux agents IA : une autonomie productive, maîtrisée, tout en garantissant traçabilité et conformité — indispensables dans un secteur régulé.
Exemple concret : un dossier complexe de plus de 50 pages arrive. Avant, cela signifiait plusieurs heures de lecture et de saisie avant même de commencer l’analyse. Avec une IA connectée via MCP, les données sont extraites automatiquement, les facteurs de risque clés identifiés, les incohérences signalées et une synthèse générée en quelques minutes. Le souscripteur se concentre sur les décisions à forte valeur ajoutée.
Pour les gestionnaires de sinistres
Aujourd’hui : la déclaration de sinistre arrive par téléphone, email, application ou portail. Chaque dossier nécessite une saisie manuelle, la collecte de documents, la vérification des garanties et la coordination de multiples intervenants. Même les sinistres simples demandent du temps.
Avec les MCP : les agents IA peuvent gérer de manière autonome les sinistres simples, de la déclaration à la résolution. Ils analysent la demande (photo, formulaire scanné, email), extraient les informations utiles, vérifient la couverture, détectent des signaux de fraude potentiels et traitent automatiquement ou orientent vers le bon gestionnaire avec un dossier complet.
Exemple concret : un assuré déclare un bris de glace via son téléphone en envoyant une photo et la facture du réparateur. Grâce au MCP, l’IA vérifie la garantie, valide le réparateur, confirme que le montant respecte les plafonds et déclenche le paiement — sans intervention humaine. Les équipes se concentrent sur les sinistres complexes.
Pour les équipes de relation client
Aujourd’hui : un assuré appelle. Vous ouvrez son dossier, naviguez entre plusieurs écrans, consultez parfois un autre outil pour l’historique, puis traitez manuellement sa demande.
Avec les MCP : des agents IA peuvent gérer de bout en bout les demandes courantes — changements d’adresse, questions de garanties, attestations, facturation — en agissant directement dans les systèmes cœur de métier. Le service est disponible 24/7, et les équipes humaines se concentrent sur les situations complexes et la relation client.
Ce que cela signifie pour votre carrière
Les professionnels de l’assurance qui réussiront à l’ère du MCP ne seront pas ceux qui résistent à la technologie, mais ceux qui savent s’en servir pour devenir beaucoup plus efficaces.
Le jeu du volume change. Quand l’IA gère les devis simples, les sinistres courants et les demandes standards, les humains prennent plus de valeur sur les risques complexes, la relation client et le conseil stratégique. Un courtier qui gérait 200 comptes pourra en suivre 500, avec un niveau d’engagement supérieur.
L’expertise gagne en valeur. L’IA peut collecter des données et exécuter des processus, mais elle ne remplace ni des années de jugement en souscription, ni l’intuition face à une fraude, ni les compétences relationnelles. Les MCP amplifient l’expertise humaine, ils ne la remplacent pas.
De nouvelles compétences émergent. Savoir collaborer avec des agents IA, structurer des demandes efficaces, vérifier les résultats et définir des garde-fous devient une compétence clé.
Le socle indispensable : votre plateforme cœur de métier
Voici une vérité que beaucoup de discussions sur le MCP évitent : le MCP n’est efficace que si les systèmes auxquels il se connecte le sont aussi.
Vous pouvez disposer des agents IA les plus avancés au monde ; s’ils se branchent sur des systèmes fragmentés, avec des données incohérentes, des API pauvres et des décennies de dette technique, vous n’obtiendrez pas une transformation, mais une automatisation plus rapide du chaos.
Les MCP permettent à l’IA d’accéder à vos systèmes et d’y agir. Mais cela suppose des systèmes accessibles, des données propres et structurées, des API fiables et un modèle de données cohérent où « police », « client » et « sinistre » ont la même signification partout.
C’est là que beaucoup d’assureurs vont se heurter à un mur.
Les infrastructures historiques n’ont pas été conçues pour cette nouvelle ère. De nombreux acteurs utilisent encore des systèmes des années 1990, pensés pour le traitement par lots, pas pour des interactions IA en temps réel. Les données sont cloisonnées. Un même client peut exister sous plusieurs formats dans différents outils. Construire un serveur MCP au-dessus de cela revient souvent à transmettre à l’IA toutes les incohérences sous-jacentes.
Les leaders de l’ère MCP ne seront pas seulement ceux qui adoptent l’IA en premier, mais ceux qui disposent — ou construisent — des plateformes cœur de métier capables de la supporter.
Une plateforme IA moderne, dans ce contexte, signifie :
- Un modèle de données unifié : une source unique de vérité pour les polices, clients, sinistres et transactions
- Une architecture API-first : pensée dès le départ pour être pilotée par des systèmes externes
- Des capacités temps réel : pas de traitements nocturnes, mais des réponses instantanées
- De la flexibilité : pour lancer de nouveaux produits, canaux de distribution et répondre aux évolutions réglementaires
- Des données propres et structurées : exploitables par l’IA, sans dépendre de PDF, de notes manuscrites ou de conventions incohérentes
Sans ces fondations, les MCP ne sont qu’un pansement. Il permet quelques gains, mais pas les workflows intelligents et fluides qui définiront la prochaine ère de l’assurance.
En bref
L’implication stratégique est claire : si votre plateforme cœur de métier vous freine, empiler de l’IA par-dessus n’est pas la solution. Il faut moderniser le socle — en pensant dès maintenant à un futur piloté par l’IA.
Ce n’est pas seulement une question d’efficacité. C’est une question de survie. Les assureurs capables de proposer des devis instantanés, des ajustements en temps réel et une distribution embarquée fluide prendront des parts de marché. Ceux qui resteront prisonniers de systèmes hérités ne seront pas seulement plus lents : ils seront exclus des nouveaux usages et expériences clients que les MCP rendent possibles.